Madeira Island, la Traversée de l'île Magique

Depuis quelques temps, un voyage sur plusieurs jours nous taraudait l'esprit. Partir avec pour seul matériel un sac à dos et simplement le nécessaire nous a permis de  vraiment couper du quotidien. N'avoir pour seule chose à penser le chemin, où manger et où dormir est plus que reposant pour l'esprit.

Les jambes quant à elles ont soufferts. Madère s'avère être une île très verticale et dès notre départ de Porto-Moniz nous nous en sommes bien rendu compte...

 

Nous avons choisi comme parcours le tracé du MIUT. Un ultra-trail traversant l'île de part en part long de 120km et quelques milliers de mètres de dénivelé positifs. Nous avons du adapter la trace en cours de route pour nous ravitailler mais aussi à cause des belles surprises de cette île et de ces sentiers difficiles...

 

Tout voyage à Madère commence par les joies d'un atterrissage Madérien... 

L'atterissage Madérien, plus qu'une technique : un art de vivre !

Après une correspondance sportive pour réaliser le Nice -Lisbonne-Madère, les hôtes de la TAP (Air Portugal) avertissent dès l'embarquement qu'il y a de bonnes chances de faire demi-tour arrivée à Madère... En effet le climat local et la typologie de l'aéroport rend les atterrissages plutôt costauds ! Pour nous après un bon trou d'air et des gargouillis dans le ventre, au deuxième essai nous posons les roues sur l'île. S'en suit un freinage brutal et un tonnerre d’applaudissement... Merci chauffeur  !

 

C'est en quittant la piste que nous comprenons : piste d'atterrissage courte distance + piste en pente + aéroport à 40m au dessus de l'Océan + vent latéral + nuit  = bon voyage à Madère ;)

 

Enfin arrivé, nous attendons (longtemps, très longtemps) la navette qui nous amènera à notre premier hôtel à Funchal capitale de l'île.

Jour 1 : L'échauffement

Après une (très) courte nuit, premier réveil sur l'île, dans un lit confortable. Nous prenons le petit-dej sur la terrasse de l’hôtel situé en plein centre de Funchal, l'île se dévoile peu à peu, la température est douce, la vraie carte postale !

 

Pas le temps de s'attarder nous enfilons notre barda et en avant pour aller chercher notre bouteille de gaz pour faire fonctionner le réchaud. Une fois les 2-3 courses effectuées, nous attendons le bus qui nous emmènera vers le départ et notre première étape.

 

Nous profitons du Jardin des plantes et du fort, situé juste à côté de l’arrêt de bus pour découvrir les premières plantes et particularités architecturales de l'île.

Jardin des Plantes - Funchal

Arbre à saucisses 

Jardin des Plantes - Funchal


Il est temps de prendre le bus et tout comme le pilotage de l'avion, la méthode de conduite du bus peut surprendre... Brutale ! Après plus de 3 heures à se faire secouer (avec tout de même 2 pauses de 10') nous arrivons à Porto-Moniz, point de départ de notre Traversée.

 

Nous prenons le temps de nous ravitailler et de prévoir pour le premier soir car ce sera en tente que nous dormirons cette fois-ci !

 

Première sortie de la cape de pluie et de toutes les protections contre l'eau... Nous ne les rangerons définitivement qu'au bout du 3e jour. Madère est capricieuse en cette saison, l'été sur la côte et l'hiver sur les sommets... L'humidité est constante et nos affaires sont mouillées dès le premier jour.

 

Nous prenons donc les premiers mètres de D+ et premiers kilomètres pour rejoindre Fanal qui aurait dû être notre première place de Bivouac si seulement le chemin ne s'était pas écroulé entre temps... Nous sommes donc obliger de planter la tente sur la Levada large de 2m sous des trombes d'eau... 

Jour 2 : "Si tu attires la pluie, étaie les bananiers"

Nous plions le campement après une mauvaise nuit sous la pluie. Nous rebroussons chemin (8 km de trop tout de même) pour en trouver un autre et poursuivre notre route vers Fanal.

 

Les lieux paraissent mystiques avec le brouillard et le vent. Nous avançons coûte que coûte. Le terrain est difficile, glissant, nous alternons les marches construites en rondins et celles en pierres. Nous traversons plusieurs villages typique avec toujours des chiens en liberté plus ou moins dociles pour nous accueillir.

 

Sur le sentier nous retrouvons une veste d'une des filles du team Salomon en stage trail sur les sentiers de Madère... Une belle découverte qui redonne du bon au moral pour Marie car Emilie Forsberg nous dis que nous pouvons la garder... Merci !

 

Sur cette fin d'étape, trempés nous décidons de dormir au sec dans une chambre d'hôte à Seixal afin de faire sécher nos affaires et nous reposer un peu. les 1000m de D+ qui se présentent à nous , nous les franchirons le lendemain. Nous profitons donc de ce village accueillant pour le reste de la soirée. Mention spéciale à la chambre d'hôte au style catho très prononcé ;)

Jour 3 : Une bonne nuit, un peu de pluie et ça repart !

Dans la nuit les 1 000m de D+ qui nous attendais n'ont pas bougé, ils sont bien là raide comme jamais ! La nuit nous a bien requinqué nous les avalons plutôt rapidement pour arriver sur un plateau ou brouillard, nuage, vent et pluie s'en donnent à cœur joie... Après plusieurs heures nous décidons de nous arrêter manger sous un abri forestier, un plat lyophilisé, le premier de ce séjour. 

 

Après cette courte pause la redescente est longue : sur une piste large au début puis le long d'une Levada puis sur des rondins puis des tunnels (dont un de plus de 200 m de long avec de l'eau parfois aux chevilles). Après plus de 30 km, 2000m de D+ et quelques belles cascades, nous arrivons enfin à Encumeada, petit col au beau milieu de l'île entre côte Nord et côte Sud... Les nuages se dissipent peu à peu pour laisser entrevoir les sommets. C'est la première fois que nous voyons Madère aussi bien dégagé, nous profitons du soleil sur une terrasse et s'en suit un bon débat sur ce que nous ferons le lendemain... Nos affaires sont trempées, la fatigue se fait ressentir, nous voyons les villages côtiers sous le soleil... la tentation est là !

Jour 4 : Lève la jambe et pousse sur les bâtons...

Nous sommes au cœur de l'île, après la première nuit au sec (presque), un bon séchage de chaussure au réchaud et des Pastéis en guise de petit-dej, nous décidons de tenter le coup... Les nuages sont présent mais il ne pleut pas. Une longue montée s'annonce jusqu'au Pico Ruivo, des milliers de marches à gravir et pour la première fois quelques randonneurs !

 

Arrivé au Pico Ruivo dans les nuages nous ne nous attardons pas, nous marchons en direction du Pico Ariero sans eau dans nos gourdes et en plein soleil (ouioui c'est un comble... pour une fois que l'eau ne nous tombe pas dessus, on en a plus à boire alors qu'il fait chaud...). L'entre deux pics et juste sublime, vertigineux et vraiment atypique... On se dirait au grand Canyon version si tu glisse, t'es mort...

 

Nous prenons le temps d'apprécier chaque instants... Nous nous ravitaillons au Pico Ariero, kit kat, bounty et pastéis un régime sein !

 

La redescente sur Ribeiro da freira est compliqué la trace du MIUT s'avère mal entretenue (des broussailles piquantes de plus de 2m... mes jambes s'en souviennent encore !) nous rebroussons chemin il est 19h passé le soleil se couchera dans 1 heure et nous sommes encore loin de notre camp de base prévu... Un peu perdu à essayer de couper les sentiers pour gagner du temps, nous tombons sur un garde forestier et son 4x4... il nous déposera sur le bon chemin plus qu'à rouler jusqu'au village.

 

Arrivé au village, il n'y a rien d'ouvert pour se ravitailler, l'endroit n'est pas vraiment adapté pour dormir et malgré la plus grosse journée dans les pattes Presque 35km et plus de 2000m D+ nous décidons de poursuivre notre chemin de 9km sur une Levada propre est bien aménagé où nous marchons à plus de 6km/h. Nous planterons la tente sur ce qui aura été notre meilleur spot, une clairière dégagée proche d'une maison forestière.

Jour 5 : Ma-chi-co !

Cinquième et dernier jour de ce périple, nous nous réveillons non pas par le bruit de la pluie sur la tente mais par le bruit des foulées de dizaine de traileurs venu s’entraîner... Nous sommes au beau milieu de "The Spot" en plein sur les parcours de la station trail version Madère. Un café et c'est reparti, ça devrait rouler jusqu'à l'arrivée, pas de grosses difficultés, des sentiers en balcons, des Levadas, etc, etc, etc, ...

 

Petite heure à jeun avant de se ravitailler en jambon-beurre et Kit Kat au resto du coin, plus qu'une vingtaine de kilomètres à passer et on devrait en avoir fini... Mais se sont toujours les derniers les plus longs ! 

 

Le climat est à l'opposé de ce que nous avons eu sur le début de la traversée, un soleil bien présent et une belle chaleur parfois étouffante lorsqu'on longe les cultures arrosées il y a peu... 

 

Machico en ligne de mire, nous savons que les deux prochains soirs nous dormirons dans un lit, un vrai ! La faim se fait sentir et sur la dernière descente nous jouons à qui mangera quoi et le plus... Il est 16 heures nous dévalisons le Pingo Doce (supermarché) du coin pour nous faire un repas encore une fois bien équilibré... A base de gras, de sucre et de chocolat !

Jours OFF x 2 = rattrapage de calories

Resto, dodo, apéro, ... Deux jours bien fournis en graisses saturées et en Gluten ! Pour le reste c'était découverte de Funchal, excursion baleine et dauphins et pointe de Sao Laurenco...

 

Les portes de Funchal sont peintes par des artistes et chacune propose une thématique différente, les ruelles sont bruyantes, à l'heure du déjeuner ça sent la sardine et les espetadas.... Miam ! Le jardin des Plantes bien fleuri, le marché au fleurs (et aux fruits) propose une palette de couleurs hallucinante et vaut vraiment le détour.

 

La pointe de Sao Laurenco se jette sans l'océan, les vagues balayent les côtes avec une force impressionnante, on est heureux d'avoir pu terminer cette traversée qui fut tout de même difficile au début avec une météo très capricieuse mais nous avons tenu bon et ça en valait la peine. Encore aujourd'hui on se souvient des moments difficiles comme le matin où j'ai séché les chaussures au réchaud ou lorsque on s'est retrouvé devant le sentier écroulé (à 600m du but...). Nous avons déjà hâte de la prochaine !


Par ce qu'on a quand même pris la Go Pro :