La Diagonale des Fous, mon rêve de gosse

La Diagonale, c'est ce lion indomptable, ce cheval en furie, cet animal sauvage avec lequel pourtant vous rentrez dans la cage. C'est ce -5°C au 30ème kilomètre et un 25°C au 50. C'est ce tas de roche, posé au milieu de l'océan formant l'une des îles les plus belles de la planète. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO, l'île de la Réunion est un joyau pour les yeux, un enfer pour les quadri !

 

La Diagonale c'est avant tout une course historique. Pionnière dans l'histoire du Trail, elle a évoluée au fil des années, sans jamais quitter l'esprit qui la guide. Une ferveur populaire incomparable vous porte jusqu'au fameux stade de La Redoute,  point de délivrance de cette aventure unique. 

 

 

La Diagonale, c'est mon rêve de gosse, l'objectif que je rêve d'atteindre depuis des années, celui qui vit dans un coin de ma tête et qui me sort du lit pour me dire d'aller m’entraîner.

 

La Diagonale c'est cette course impossible, une aventure unique qui fait renaître l'animal endormi au plus profond de vous même. 

 

Prélude d'une bataille intérieure

La Diagonale c'est cette course qui commence dès votre embarquement dans l'avion ! 15h de vol, ça laisse des traces. Les jambes gonflées, un peu de manque de sommeil, les quelques jours avant le départ me permettront d'abord de récupérer du vol depuis la métropole.

Après s'être acclimaté à coup d'eau de coco, de rougail et de caris, il est temps de prendre le chemin de St-Pierre pour aller chercher mon dossard. St-Pierre est en fête, la Diag' c'est bien plus qu'un événement sportif... Un rite pour les locaux, on sent bien la ferveur des Réunionnais qui anime cette course ! N°1710 récupéré, quelques photos avec Julien, un collègue de travail et on file se reposer pour garder de la fraîcheur.

 

Lendemain, 19h00 on rentre dans le sas pour attaquer les trois heures d'attente avant le départ, assis, allongé, debout, le temps semble figé, le bruit est conséquent mais je rentre petit à petit dans ma bulle et me prépare mentalement a courir ces premiers kilomètres.

 

La dernière heure passe rapidement, nous sommes désormais debout, prêt à prendre le départ. Quelques mouvements de foules et pas mal de tensions accompagnent les dernières minutes avant le départ. Il faut se positionner sur la ligne, ça pousse, ça cri, mais  j'arrive à me détacher mentalement pour rester calme, focus sur le départ.


De la première heure au lever du soleil

Le départ est lancé est les premiers kilomètres passent rapidement, il y a un monde de dingue, on se dirait au tour de France...

 

Je pars prudemment conforme au plan que je me suis donné, bien placé pour ne pas être ralenti par les bouchons mais pas en tête de course non plus ! La préparation a été sporadique  et chirurgicale ces derniers mois, je préfère assurer le coup de toute façon la course est longue.

 

Après la dizaine de kilomètre sur bitume et les champs de Cannes à Sucre, nous sommes les uns derrière les autres mais le rythme est bon, même assez rapide ! Je ne traîne pas sur les ravitaillements, ma logistique est bien rodée, l’expérience ça sert...!

 

En haut, vers Nez-de-boeuf, ça caille sévère, l'herbe est gelée, ça brille dans le faisceau de ma frontale, je me couvre rapidement, manque les gants... Ils m'auraient été bien utiles ! Je repense au retrait des dossards et ce questionnaire que j'ai rempli sur les effets de la chaleur sur la performance en trail... ça me fait bien sourire, il doit faire -5°C !

 

Après la partie roulante de Mare-à-Boue, durant laquelle je trottine tout du long mais sans forcer l'allure, on attaque la partie technique du célèbre coteau Kerveguen, un peu humide et glissant, le sentier est bien défoncé sur cette partie, il le sera jusqu'à la sortie de Mafate !

 

Premiers rayons de soleil en apercevant le cirque de Cilaos, l'instant est magique, je cours sur la crête avec Cilaos en point de mire, 1000m plus bas.


Cilaos, Mafate, une journée bien remplie !

La descente sur Cilaos est abrupte, les marches sont costauds, pourtant bien à l'aise en descente, encore une fois, je préfère assurer et descendre sur un petit rythme. Marie m'attends en bas, le soleil se lève, ça va être une belle journée !

 

Arrivé à Cilaos, première base de vie, Je vois enfin Marie qui s'est envoyé la route aux 100 virages pour venir me supporter. Je change de T-shirt, de chaussure, recharge le sac de mon Tailwind et quelques Cliff et c'est reparti, le programme est costaud, après quelques mètres de D- on attaque un gros morceau, le col du Taïbit, une montée toute en marches avec le soleil qui tape. 

 

Il fait chaud mais c'est supportable, je m'alimente correctement et ne ressent pas le besoin de dormir. Je m'applique sur ma montée pour imprimer un bon rythme en discutant avec les autres concurrents, ça passe plus vite !

 

Sur les derniers mètres je coince un peu, premier coup de fatigue, je gère sur la descente de Marla et prends quelques minutes au ravitaillement pour me refaire la cerise.

 

Nous sommes à présent dans Mafate, point d'orgue de ce Grand Raid de la Réunion. même pas à mi-course de cette aventure XXL.

Base de vie Cilaos
Base de vie Cilaos
Juste avant Cilaos
Juste avant Cilaos
Au coeur de Mafate
Au coeur de Mafate

Le cirque de Mafate restera gravé dans ma tête pour toujours ! Des passages sublimes, pas de voitures, un écrin sauvage, des sentiers exigeants, des montées/descentes bien casse-pattes !

 

Le temps s'est arrêté, je prends un plaisir de dingue et réalise pleinement la chance que j'ai de pouvoir courir ici. C'est ce qui me donne envie d'y revenir un jour.

 

La sortie de Mafate se fait par la brèche, la montée au Maïdo, mais avant j'arrive à Roche Plate et la fatigue se fait ressentir, la luminosité baisse, il s'apprête à faire nuit lorsque j'arrive dans le noir au ravitaillement, véritable camp de base avant la montée qui nous attends. 

 

Je me ravitaille normalement, je me couvre, avec la nuit, le froid est revenu, d'autant qu'il annonce du vent sur les crêtes, je sort ma veste et j'attaque en marchant la montée au Maïdo.

 

C'est ici que ça se joue pour moi... Un gros coup de moins bien dans la montée, pas de fringale mais envie de dormir, ça fait déjà plus de 40h que j'ai quitté mon lit et ma tête me le fait bien comprendre. Après deux pauses improvisées sur les rochers, j'arrive à m'extirper de ce mauvais moment, je sais que j'y laisse une cartouche, je me dis que je dormirai peut-être 20 minutes après la descente du Maïdo car en haut même pas la peine d'y penser, il fait bien trop froid.

 

Marie m'attends en haut et ça n'a pas été simple pour elle de venir, je mange un peu mais j'ai vraiment une sale tête, un rai remake de Val Pelouse sur l'Echapée Belle ! C'est aussi ça l'ultra, savoir gérer ces moments là grâce à l’expérience... Je ne tarde donc pas à repartir en trottinant comme je peu sur cette descente interminable pourtant facile à courir, mais les jambes ne veulent pas et la tête veut dormir...

De Rivière des Galets au stade de la délivrance

Après quelques péripéties sur cette descente où chaque tronc couché m'ont fait de l'oeil pour m'allonger un peu et dormir, en tentant de résister, j'arrive à Rivière des Galets, Marie m'attends après s'être trompé d'endroit et une belle frayeur en prime, elle me rejoint sur ce point et je prends le temps de discuter un peu, ça me remotive et je décide de ne pas dormir, le coup de fatigue est passé.

 

C'est la partie la moins intéressante du Grand Raid, retour à des parties urbanisées parsemées de chemins défoncés (genre ++) Kaala, chemin des Anglais... 

 

Quelques petites hallucinations plutôt marrantes (je vois des animaux à la place des rochers...). En m'approchant des rochers je me rends compte que je délire ça me fait sourire, je connais ces effets liés à la privation de sommeil et a un état de fatigue avancé. Toutefois, mon cerveau me jouera des tours sur le chemin des Anglais, persuadé de tourner en rond en reconnaissant formellement les endroits où il me semblait être passé, je fais demi-tour sur 20m pour demander à 2 promeneurs si c'est bien le bon chemin, elles m'affirment que je suis dans la bonne direction.  Un sentiment étrange me hante durant près d'une heure persuadé d'être déjà passé par là...

 

Pourtant, j'arrive bel et bien à la Grande Chaloupe. Marie est là, ça me fait du bien de pouvoir compter sur elles, même si les échanges sont concis. Je suis prêt à en finir et à la retrouver à l'arrivée mais avant : passage au Colorado et dernière descente au son de la fanfare. 

 

Les derniers mètres sont fantastiques, Marie me rejoint pour courir un bout avec moi, je rentre dans le stade de la Redoute et aperçoit la ligne d'arrivée, je trottine puis marche pour les quelques mètres qui me sépare de mon rêve. Les derniers pas sont chargés d'émotions, comme s'ils avaient duré des heures, ce souvenir je le garde au plus profond de moi, fier d'avoir accompli cette Diag' un objectif travaillé sur le long terme boosté par un rêve de gosse...

 

36h, un temps anecdotique, mais pas peu fier non plus !