L'Echappee Belle 2018 : Un Ultra a part

Echapée Belle 2018 ultratrail Belledonne

Un jour, une nuit et encore un jour a parcourir la montagne de Belledonne, un massif aussi sauvage que technique. Après plus d'un an de préparation pour cette course et l’expérience accumulée depuis quelques années additionnées à l'envie de donner le meilleur, on peut dire que cette Échappée Belle fût réussie. Au final, il me faut un peu plus de 32h pour rallier Vizille à Aiguebelle et enfin serrer dans mes mains la célèbre cloche du finisher celle dont j'ai temps rêvé.

 

Cette course, pour moi, dépasse bien plus le statut de compétition, elle a été une réelle aventure , une folie, un défi. Le défi de me bouger chaque jours pour aller m’entraîner et valider les étapes afin de réaliser une belle saison qui fut donc chapeautée par cette réussite en Belledonne.

 

145 kilomètres, 10 500m de dénivelé, certes amputée cette année de la croix de Belledonne, de l'Aigleton et du Moretan, elle fut néanmoins à la hauteur de ce que j'espérais : un casse pipe pour les quadriceps, une patinoire pour les appuis et un bûcher pour l'attention... 32h durant lesquels il faut rester lucide à chaque instants sous peine de se retrouver 10m plus bas un genou, une cheville ou une vertèbre en moins...

En voici donc le compte rendu, le pourquoi du comment, l'explication, la justification de ces heures passées dehors a faire ce que j'aime le plus : courir

Une préparation optimisée

Loin des volumes horaires des athlètes pro, ma préparation a été micrométrique, j'ai la chance - ou pas d'ailleurs ;) -  d'être mon propre entraîneur. J'ai donc pris "mon cas" et le profil de l’Échappée Belle et j'ai bossé... 6 mois après je réalise mon objectif d'être sous les 40 heures !

 

Quel est le secret ? L'ingrédient miracle ? La séance clé ? Rien de tout ça, une bonne grosse dose de motivation, une vision à long terme avec des étapes a franchir (oui l'Echapée Belle était l'objectif de 2018, mais elle s'inscrit dans une logique à plus long terme et tracée sur 3 ans : La Diagonale Des Fous 2019) et une charge d'entrainement micrométrique, presque chirurgicale qui m'a permis de progresser sans me blesser, validant palier par palier les habiletés à développer sur cette saison.

 

Le reste vous le retrouvez dans l'article "Comment aborder la préparation de son trail XXL"  

Jour J : La Libération

Ultra trail base de vie le Pleynet

Après deux semaines d'affûtage et donc très peu de course à pied, je m'aligne sur le départ le couteau entre les dents, tout est calculé, Marie qui m'accompagne a dans ces mains le roadbook qui lui permettra de faire une assistance de choc ! C'est donc serein que je me dirige dans le parc de Vizille, sous l'arche de départ. Le briefing = météo qui se dégrade, du froid, du brouillard,... des conditions difficiles et elles le furent !

 

Pas de panique, on s'en tient au plan et tout se passera bien ! 10-9-8 aïie mais qu'est-ce que je fais la... 7-6-5 bon ben va falloir y aller, 4-3-2-1 c'est parti !

 

J'effectue un départ prudent, je gère pour me placer sans me fatiguer, la route est longue ! Pour moi la course commencera réellement au Pleynet au km 63 après 5100m de D+ que j’atteins sur un petit rythme après 12h de course. C'est la partie la plus technique à mont goût, la plus minérale et surtout celle où je n'ai pas croisé mon assistance car les points sont  inaccessibles. 

 

Arrivé au Pleynet (base de vie 1/ravito 5), je prends le temps de me changer, de manger de passer en mode "nuit", qui, s'annonce longue, froide et humide... Je ne quitte pas l'objectif d'un millimètre, je suis dans mes temps, concentré, la fraîcheur est là malgré les enchaînements de monte/descends sur les blocs rocheux, la météo est bien capricieuse... Je repense aux séances de D+ que je me suis envoyé dans le museau cet été et qui portent ici leurs fruits ! Je repars direction Gleysin (ravito 6)

Une nuit sous les étoiles

Ultra trail ravitaillement Gleysin

Nous apprenons les changements de parcours en dernière minute, ça se murmure, après l'annulation de la croix de Belledonne ce matin et de l'Aigleton cette après-midi, c'est le Moretan qui sera retiré du programme, toutefois le parcours bis reste difficile, il faut se mobiliser face aux changements et rester concentré. Le tracé BIS n'en est pas moins dur, a en voir ma tête à Gleyzin, mes yeux souffrent autant que mes jambes, car il faut rester focus sur le sentier pour ne pas s'en coller une...

 

"Jusqu'ici tout va bien", les sensations sont bonnes, comme prévu je remonte dans le classement pour pointer 30e à Gleysin (ravito 6) en 15h37'. Je commence à voir autour de moi des personnes dans un état second, frigorifié, qui rendent le dossard, je fais un check et vérifie que je suis assez couvert puis comme toujours je prends le temps au ravito pour crémer mes pieds (je pense y avoir consacré au moins 45' sur la totalité de la course, ce qui me permettra d'arriver avec des pieds de bébé 17 heures plus tard).

 

Après m'être ravitaillé, je met la musique en mode ON, je repars et cale le pas au rythme de la musique.

 

Le prochain point d'assistance n'est pas à côté, un bon morceau s'annonce, je reste prudent et garde le rythme. C'est une partie casse-pattes deux montées sèches intercalées par une descente très roulante qui n'en fini plus.

Super Collet Km 98.5 : On rentre dans le vif du sujet !

J'arrive enfin à la deuxième base de vie après 19h de course, les sensations sont toujours OK même si je sens que la fatigue est là. J'arrive toujours  à trottiner et revoir Marie sur la base de vie avec une soupe chaude me fait du bien. Les écarts entre les coureurs sont conséquents, je n'ai croisé qu'une seule personne sur cette portion de 20km...

 

Il fait froid, au ravitaillement je me couvre et prends le temps de boire une soupe, les barres énergétiques passent de moins en moins, et je préfère me tourner vers les choses plus simple. Une habitude que j'ai travaillé à l'entrainement et qui s'avère importante !

 

La partie qui s'annonce est difficile, une montée de 500m dans le brouillard épais où j'ai hésité à plusieurs reprises, quasi impossible de courir on ne voyait plus nos pieds. Je reste groupé avec un autre coureur, c'est plus commode pour s'orienter, encore une fois l'attention est maximale, entre le balisage qu'on ne voit presque pas, l'humidité qui tombe et qui rend le terrain ultra glissant et les 20 heures de courses dans les pattes, la chose n'est pas aisée.

 

Nous redescendons pour remonter ensuite au refuge des Férices au km 110, et c'est la première fois que j'en bave vraiment, je laisse 2 cartouches dans la montée, deux pauses improvisées : une pour se ravitailler pour pallier à l'hypo qui toque à la porte et une autre pour se couvrir de la tête au pied pour réchauffer mon corps transi par le froid. J'arrive enfin au sommet après une lutte mentale, ici je suis conscient que j'en ai chié mais je m'y étais préparé mentalement. La douleur, la fatigue et le manque d'énergie sont partie intégrante de la course. Au coureur de les gérer comme il faut... Je prends donc mon mal en patience pour arriver à termes des 21kms  qui séparent la base de vie de Super Collet du ravito 9 - Val Pelouse -.

Une fessée et ça repart

L'arrivée à Val Pelouse (ravito 9) s'est faite languir... chaque pas, chaque foulée je me suis dis "aller grand, tu peux le faire!" sur 21km, il y a quoi en devenir fou... ou bien juste ultra-motivé pour finir. C'est le point de non-retour, celui où il serait "trop bête d'abandonner", le point "K", celui où tout le monde est dans un état pitoyable mais obnubilé de finir coûte que coûte.

 

C'est le ravitaillement le plus important de toute la course, celui qui te permet de te gaver d'énergie et de motivation pour finir. Une bonne fessée et ça repart ! 

 

Au ravitaillement je croise 1 coureur suivi de son pacer, on se croisera souvent, ils sont très sympas, j'ai beaucoup de mal dans les descentes mais je reviens sur eux lorsqu'ils marquent des pauses. On en est à 25 heures de course, et ça tire fort dans les jambes ! Je suis 27e au général je pousse fort sur les bâtons et comme d'habitude en quittant le ravitaillement je me remobilise mentalement.

Le bouquet final

Un feu d'artifice fini toujours par un bouquet final, un ultra aussi ! Les quadris en prennent pour leur compte, les descentes sont sévères et franchement longues, moi qui aime dévaler à fond, j'ai l'impression d'avoir pris 50 ans d'un coup... Mes bâtons se sont transformés en cannes et m'aident à ne pas trop couiner en descente... Les muscles sont raides, raides des 25 heures passées à contracter sévère pour gainer le bonhomme sur les appuis rendu ultra fuyants par l'humidité. Ici j'en paie le prix. 

 

Je rejoins le dernier ravitaillement de la course Le Pontet (ravito 10), celui où tout le monde ce dit "ça y est j'en ai fini" mais en vrai il te reste 500m de D+, plus du double de descente et 15 bornes... 15 p**** de bornes ! 

 

Marie m'accompagne, je pousse fort sur les bâtons, je suis en morceaux, un vrai puzzle... La redescente est interminable, on entends enfin le speaker, je vois la ligne au loin, mon père qui m'a fait la surprise de venir, je finis en discutant, en marchant, je profites à fond, j'essaie de réaliser. J’aperçois la cloche, le speaker m’interroge et me fait part de mon classement : Top 30 (en vrai 31 après la mise à jour)

 

32h19'... Je ne réalise pas vraiment je suis épuisé, heureux et fier d'être venu à bout de cette aventure, celle qui te remet à ta place et te fait rendre compte que toi aussi tu en es capable. Car le trail reste pour moi un outil, celui qui me permet de tester mes capacités en poussant toujours plus loin tout en restant toujours en contact avec l'essentiel : la terre, les arbres, les montagnes, la nature et les autres...

 

Rendez-vous sur la Diag en 2019 !